En 1973, le partenariat entre les auteurs Wayne Bickerton et Tony Waddington avait produit un nombre de chansons qu’ils savaient être des tubes.
Au début des années 70, ils avaient écrit plusieurs chansons qu’ils voulaient faire connaître, mais à cette époque, aucun chanteur ne les trouvèrent intéressantes. Aussi, pour promouvoir ces chansons, Wayne Bickerton et le Directeur Artistique de Polydor Records, qui disposait d’un budget illimité, organisèrent une immense séance d’enregistrement pour faire des maquettes de ces chansons et les présenter à d’éventuels artistes.
La séance eue lieu en octobre 1973 et fit apparaître plus de 20 musiciens et chanteurs. « Sugar Baby Love » était le principal titre enregistré si bien que l'on pensa l'inclure au Concours de l’Eurovision mais le projet échoua car la chanson n’atteint pas la 60ème place qui était la dernière pour concourir. Furent aussi enregistrées ce jour-là Juke Box Jive et Tonight.
Bien que ce ne fut qu’une maquette, Wayne et Tony pensèrent que l’enregistrement était correct pour sortir dans sa forme originale. Le batteur, John Richardson, présent lors de cette journée fut contacté par Wayne pour former un groupe avec les musiciens qui étaient présents lors de la séance d’octobre pour promouvoir le disque.
Ce n’était pas inhabituel au début des années 70 que des musiciens qui avaient créé des chansons en studio à la demande de producteurs et d’auteurs restent anonymes et ne puissent jamais, de ce fait, interpréter leurs chansons. Ce fut différent pour les Rubettes car ils avaient déjà enregistré 3 tubes avant de former le groupe sans même s'en apercevoir ; et ceux que vous voyiez à la télévision, dans les magazines et sur les pochettes de disques étaient les originaux et pas simplement un joli visage qui mimait.
Le nom du groupe fut trouvé par Wayne qui le choisit tandis qu’il écoutait de vieux disques d’un groupe Américain "Les Diamonds". Il passa en revue toutes les pierres précieuses et quand vint le tour du rubis il fut rapidement adapté en Rubettes. Le groupe étant formé, le 45 tours sorti en janvier 1974.
« Sugar Baby Love » resta 4 semaines numéro 1 en Grande-Bretagne et atteint aussi le haut des hit-parades dans la plupart des autres pays. Le succès en Europe vint rapidement, cependant qu'en France, il semblait que cela n’arriverait jamais. Polydor France ne voulait pas de « Sugar Baby Love » et refusa de le sortir. La chanson fut enregistrée et interprétée par un chanteur français, Dave ; comme cela arrivait souvent pour les chansons anglaises à l'époque. Il apparut à la télévision portant le même costume et la même casquette. Il vendit jusqu’à 700.000 exemplaires avant que la version des Rubettes ne sortie. Le Directeur de Polydor France fut congédié. Finalement le groupe vendit 2 millions de disques, malgré cela le groupe n'était toujours pas invité à la Télévision française.
Cependant, la France devint bientôt leur principal marché et durant plusieurs années, ils apparurent à la Télévision et en Concert pratiquement une fois par semaine. Plus tard le groupe enregistra même des disques spécialement pour la France.
L’été 1974 vit la sortie de « Tonight » second 45 tours ; cette chanson déçut Wayne dans sa forme finale : ‘Ils l’ont écourtée et changée et elle n’avait plus le sentiment que j’avais imaginé. Puis il y eut une grève à la Télévision anglaise ce qui empêcha la promotion de la chanson et celle-ci stagna à la 12ème place.
Après leur 3ème tube, « Juke Box Jive » et leur 1er album « Wear It's ‘At » le groupe fut réduit à 5 membres quand Pete Arnessen, l’un des clavistes les quitta.
L’année 1976 commença avec l’embarquement du groupe pour une tournée
au pays du soleil levant. Alan ajoute :
« j’aime le Japon même si les concerts ne se sont pas bien déroulés. Mick
et moi sommes allés faire du shopping le dernier jour et dans un magasin, il a
vu une montre, mais il n’arrivait pas à se décider si il allait l'acheter ou
pas. 3 heures après environ, je lui dis : Mick, vas-tu l’acheter ou
non ? » mais il n’avait toujours pas pris sa décision. Aussi, je la pris
et il passa alors les quelques semaines suivantes à essayer de me l’acheter.
Alan continue : « Mick a toujours été indécis, je me souviens qu’à l’occasion où nous étions dans le nord du pays de Galles, Mick disparu durant toute une après-midi. Il avait tenté d’acheter une paire de jumelles mais comme d’habitude, il n’arrivait pas à se décider. Le lendemain matin, alors que nous étions tous dans la voiture pour partir, pas de Mick. Enfin nous l’aperçûmes au coin de la rue devant la vitrine d'un magasin regardant une paire de jumelles, il n’avait pas encore trouvé celle qu’il voulait. Alors John nous dit : venez, je sais comment faire pour le décider, faites comme moi ». Nous entrâmes dans le magasin et John dit au vendeur : Donnez-moi une paire de jumelles. Il regarda la première paire en disant ‘je prendrai celle-là’ Je fis de même. Mick ne pouvait pas le croire, nous n’y avions passé qu’une minute alors que lui n’avait pas pu le faire en 5 heures. Il s’affola et acheta la même paire que nous pensant qu’elle était bien. Ce qu’il n’avait pas réalisé, c’est que nous n’en voulions même pas. C’était juste pour le faire sortir du magasin. Des mois plus tard, Mick alla en vacances au Pays de Galles et là, il put changer la paire de jumelles qu’il avait achetée.
La chance était certainement contre le groupe car en 1979, s’effondra en France, leur plus grand potentiel de marché. Alan : « Nous avons rompu avec notre manager français qui racontait un paquet de mensonges à notre sujet ce qui coûta toute notre crédibilité et probablement notre carrière. En résumé, nous fumes pris dans une querelle juridique ». John ajoute : Nous reçûmes une assignation de la part du maire d’une commune en Bretagne pour ne pas nous être produit à un concert. Mais nous ne savions rien à ce sujet. Il disait que nous lui devions de l’argent pour ne pas être venus. Il nous envoya le contrat mais ce n’était pas nos signatures. Ce producteur nous plaçait partout puis annulait notre prestation la veille du concert pour nous remplacer par l’un de ses groupes en disant que nous l’avions laissé tomber. Ceci dura des mois sans que nous ne le sûmes ce qui finalement nous mena à cette querelle juridique qui continua pendant plusieurs années. C’est la raison pour laquelle nous n’avons plus jamais joué en France. Plus personne ne nous voulait et nous fûmes littéralement dépouillés de tout, et cela brisa notre carrière.
Toutefois, nous eûmes notre revanche quelques années plus tard. On se retrouva dans le même hôtel que cet individu. On le jeta tout habillé dans la piscine de l’hôtel. C’était superbe ».
Au début des années 80, ils signèrent un contrat avec CBS en Allemagne, qui permit au groupe d’avoir quelques hits de plus mais la fin était proche. Alan : "La plupart des groupes reste au top pendant 18 mois environ. Les goûts changent et les gens évoluent. C’était bien le temps que cela a duré et nous sommes restés plus longtemps que la plupart des groupes de cette époque". Le marché allemand ne les mena pas très loin, les contrats diminuèrent et le groupe se sépara.
Cependant au milieu des années 80, la nostalgie était en plein mouvement. On avait aimé les années 60 pendant des années et cette popularité se propagea lentement aux groupes des années 70. A la fin de l’année 1984, des demandes de tournée commençaient à arriver petit à petit à la grande surprise du groupe. Cela commença quand un producteur allemand persuada Alan de reprendre les tournées. Alan admet qu’il était un peu nerveux de réunir de nouveau le groupe. "Nous avions survécu aux années 70 et nous menions des vies confortables. Je n’étais pas très enthousiaste de recommencer, principalement parce que je pensais que j’étais trop âgé pour être une pop star".
Puis le travail a repris petit à petit, et depuis ces dernières années Les Rubettes ont conquis plus de fans et jouent maintenant devant un plus large public qu’ils ne l’ont jamais fait auparavant. Alan : "Il n’y a plus de pression sur nous et l’on peut travailler quand on veut. De même pour les autres groupes de cette époque, on se croise régulièrement et on se rappelle ce temps-là avec plaisir".
34 ans après leurs premiers succès, les Rubettes sont heureux de voir ce que le groupe est devenu. La pression à cause de la célébrité a maintenant disparu et ils mettent un point d’honneur à rencontrer leur public après chaque concert pour parler avec eux et signer des autographes.
On ne connaîtra sans doute jamais l’immense impact que les Rubettes ont eu sur les hit-parades dans les années 70 et qui n'est pas encore égalé de nos jours. On se souviendra probablement d’eux comme le groupe portant des casquettes. Mais 34 ans après, ils rencontrent un nouveau public qui découvre leur musique. Les Rubettes est un des groupes pop de cette époque qui continue encore à nous divertir.